Jibberish

Posté le Mercredi 8 juin 2011

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HARCO PRONT
Jibberish
(Music For Speakers / 2003)

Difficile de chroniquer l’album d’un parfait inconnu dont les 33 morceaux constituent autant de vignettes faisant valser toute classification. Originaire des Pays-Bas, Harco Pront oscille entre blues, expérimentations lo-fi et ritournelles électro cabossées. Bassiste de formation, le gars savoure les sonorités profondes et grésillantes qu’il s’amuse à distordre tout en prenant une voix rocailleuse. Imaginez-vous embarqués dans les années 20 (Happy Camper), écoutant une ballade sur une guitare plus ou moins bien réglée (Too Many Flowers, Dinner) avant de basculer dans le psychédélisme rugueux d’un Captain Beefheart (Lonesome Devil, Night, Better…). On saute d’une époque à l’autre, abordant le funk (Cool, Fake Ass Beatnik…) et l’électro tantôt apaisante (Inhale, Dawn), tantôt dérangeante (Beatless, Fever). Déroutant, insaisissable, Jibberish fait figure d’ovni précieux dans le circuit underground. Ça grince, ça couine, ça chuinte à tout-va, le voyage est cahoteux mais invite à la redécouverte permanente. Un chef-d’œuvre protéiforme !

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cartoonsonore @ 10:24
Enregistré dans 02. Cartoons sonores
Moog Sensations

Posté le Mercredi 18 mai 2011

Moog Sensations dans 04. Jean-Jacques Perrey R-143519-1106900205.jpg

JEAN-JACQUES PERREY
Moog Sensations

(Dare-Dare / 2001)

Issu d’une série de vinyles pour le label Montparnasse 2000, Moog Sensations est le seul opus de cette période 70’s à avoir été réédité en CD. On y retrouve la patte inimitable de l’artiste avec sa joyeuse humeur contagieuse sur 20 mignardises sonores. Bien que destiné dans l’ensemble à l’illustration sonore, le disque fait preuve d’un véritable équilibre entre drôlerie et émotion par rapport à l’aspect fonctionnel de Good Moog. Les nostalgiques seront aux anges avec l’ouverture The Percolator, autrefois indicatif d’Antenne 2 et c’est ainsi paré que l’on navigue dans cet univers joyeusement vintage. Les sonorités fourmillent et refusent de tenir en place (Moog Sensations, Ballet Intersidéral, Music) ; puis elles se posent pour nous faire basculer dans le rêve avec les explicites Cœur Synthétique (sur fond de battements cardiaques) et Berceuse Pour Un Bébé Robot. Et la farandole redémarre avec la pop mancinienne de La Panthère Cosmique, le menuet de la Soirée Chez Jean-Sébastien et les arrangements virevoltants de Moogie Boogy. Le voyage aura été aussi riche qu’il nous aura paru court. De même qu’il nous aura fait réaliser combien Perrey est l’un des plus grands mélodistes de l’électro.

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cartoonsonore @ 15:27
Enregistré dans 04. Jean-Jacques Perrey
Eskimo

Posté le Mercredi 20 avril 2011

Eskimo dans 07. The Residents R-148901-1192191808.jpeg

THE RESIDENTS
Eskimo
(Ralph Records / 1979)

Œuvre parmi les plus avant-gardistes du groupe, Eskimo balaie d’un vent glacial ce que les Residents ont entrepris jusqu’alors pour ne garder que cette étrangeté évocatrice raclée jusqu’à l’os. Offrant un pastiche de la culture Inuit, le groupe (qui arbore pour la première fois ses fameux masques oculaires) choisit des instruments supposément folkloriques nimbés de nappes sonores fantomatiques. Dès The Walrus Hunt, l’auditeur se retrouve au cœur de la banquise avec les plaintes et les échos lointains comme seuls repères. Chants rituels scandés, obsédants, effets sonores… Eskimo s’avance en œuvre plastique où le son raconte une histoire. Tantôt une nappe de synthé douce et lancinante accompagne une cérémonie de naissance (Birth), tantôt une vrille agressive transperce les tympans d’une femme et altère ses sens (Artic Hysteria). L’atmosphère chamanique va crescendo, nous emportant tour à tour dans la colère d’un sorcier, l’enlèvement d’un enfant par un esprit néfaste et la célébration des premiers rayons du soleil. La narration s’étire progressivement et le son se décompose pour mieux nous happer. Pour que, des instants les plus durs, la conclusion apaisante de Festival Of Death nous arrive comme une libération. Épuré et pourtant d’une profonde richesse, Eskimo demeure un véritable OVNI dans la discographie des Residents. À écouter emmitouflé dans la couette avec le livret sous les yeux : immersion garantie.

(à écouter fort)

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cartoonsonore @ 10:31
Enregistré dans 07. The Residents
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