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Archive pour la catégorie « 07. The Residents »

Eskimo

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THE RESIDENTS
Eskimo
(Ralph Records / 1979)

Œuvre parmi les plus avant-gardistes du groupe, Eskimo balaie d’un vent glacial ce que les Residents ont entrepris jusqu’alors pour ne garder que cette étrangeté évocatrice raclée jusqu’à l’os. Offrant un pastiche de la culture Inuit, le groupe (qui arbore pour la première fois ses fameux masques oculaires) choisit des instruments supposément folkloriques nimbés de nappes sonores fantomatiques. Dès The Walrus Hunt, l’auditeur se retrouve au cœur de la banquise avec les plaintes et les échos lointains comme seuls repères. Chants rituels scandés, obsédants, effets sonores… Eskimo s’avance en œuvre plastique où le son raconte une histoire. Tantôt une nappe de synthé douce et lancinante accompagne une cérémonie de naissance (Birth), tantôt une vrille agressive transperce les tympans d’une femme et altère ses sens (Artic Hysteria). L’atmosphère chamanique va crescendo, nous emportant tour à tour dans la colère d’un sorcier, l’enlèvement d’un enfant par un esprit néfaste et la célébration des premiers rayons du soleil. La narration s’étire progressivement et le son se décompose pour mieux nous happer. Pour que, des instants les plus durs, la conclusion apaisante de Festival Of Death nous arrive comme une libération. Épuré et pourtant d’une profonde richesse, Eskimo demeure un véritable OVNI dans la discographie des Residents. À écouter emmitouflé dans la couette avec le livret sous les yeux : immersion garantie.

(à écouter fort)

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Duck Stab

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THE RESIDENTS
Duck Stab
(Ralph Records / 1978)

Sur ce cinquième album, les Residents semblent radicaliser un peu plus leur propos dans leur approche des sonorités crasseuses et des paroles dominées par la folie. Assez ironique lorsque l’on sait que Duck Stab est souvent présenté comme l’un des disques les plus accessibles du groupe tant celui-ci ne s’était jamais autant aventuré du côté du format pop. Ce qui ne fait que renforcer la dimension grinçante de leur univers, en commençant par une reprise très personnelle des Four Lads sur Constantinople. De rock, il n’en reste plus que quelques traces dans les riffs de guitares (The Booker Tease, seul instrumental et morceau à peu près normal de l’ensemble). Le reste n’est que souffre et sourires carnassiers ; un nuage de sonorités métalliques vient fondre sur nous (Sinister Exaggerator), des clowns nous offrent un spectacle d’humour absurde confinant au malsain (Laughing Song) et le King se fait passer au rouleau compresseur (Elvis And His Boss). Même les chansons d’amour se parent d’atours sombres et pesants jusqu’à supprimer toute forme de séduction. Les synthés ondulent et grondent à foison, les guitares viennent injecter leurs sonorités stridentes (Blue Rosebuds, Weight Lifting Lulu), le piano sort ses notes dans un souffle rauque (Semolina). Les monstres défilent un à un, laissant finalement la place à The Electrocutioner, somme oppressante de notes saturées explosant en une myriade d’étincelles indus pour s’achever en douceur sur une mélodie brechtienne. Objet de sales gosses, bande-son pour freaks, Duck Stab constitue une sublime perversion musicale à ne pas mettre entre toutes les oreilles. 

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Fingerprince

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THE RESIDENTS
Fingerprince
(Ralph Records / 1977)

Pour leur quatrième opus studio, les Residents tentèrent de créer le premier vinyle à trois faces, projet parfaitement à leur image mais vite abandonné pour des raisons techniques. Pourtant, la séparation de l’album en trois parties distinctes aurait joué en sa faveur tant la version intégrale en CD (éditée chez Torso) laisse poindre un certain manque d’unité. Mais peut-être est-ce à l’origine de son charme car de tous les albums des années 70, Fingerprince est de loin celui qui s’apprivoise le moins.
Éloigné du faste tempétueux des précédents essais, le disque dresse un univers tout en murmures et en chuintements, blanc comme les murs d’un hôpital psychiatrique. Le thème du Troisième Homme
se voit perverti en proférations sectaires sur l’ouverture You Yesyesyes. Un piano-bar éructe sur Home Age Conversation, tentant de suivre laborieusement un chant qui n’est plus qu’un écho lointain. Le même schéma se répète sur le satirique Godsong traversé de cuivres hurlants ainsi que sur le bouillon Bossy aux percussions sourdes. Le cérémonial s’invite (March De La Winni, Boo Who ?), le jazz se dessine pour mieux dégouliner en rythmes boiteux (Tourniquet Of Roses, Death In Barstow) avant que les sonorités ne se décident enfin à tressauter sur Flight Of The Bumble Roach, relecture dada du standard de Rimsky-Korsakov. Passé le mini-opéra Walter Westinghouse tout en percussions primitives et claviers cheap, l’album arrive à sa pièce-maîtresse : Six Things To A Cycle, bande-son de 17 minutes d’un ballet. Relatant l’action de l’homme sur son environnement jusqu’à la déchéance, la pièce présente des chants d’oiseaux et des percussions boisées progressivement envahis par les sonorités artificielles et brumeuses. Le synthé se fait tour à tour joyeux et sautillant, puis lancinant et grisâtre ; un chœur féminin et des cuivres plaintifs appellent à la rédemption, sans réponse… sublime, tout simplement.
Voyage intérieur au cœur de la folie, Fingerprince
se situe en retrait pour mieux nous attirer dans son giron, sourd et insidieux comme tout ce que nous ressentons mais ne pouvons/voulons pas voir.

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