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Archive pour la catégorie « 02. Cartoons sonores »

« Of Snowdonia »

DAEDELUS
“Of Snowdonia”
(Plug Research / 2004)

Sous une pochette miyazakienne, Alfred Weisberg-Roberts aka Daedelus livre ici une musique électronique aux accents éthérés, dont les motifs acoustiques semblent tous droit sortis d’un film des années 30 et 40. L’univers du compositeur est placé ici sous l’égide de l’enfance et de la rêverie avec une touche de noirceur digne d’Aphex Twin : les mélodies se retrouvent gentiment parasitées par les clicks, breakbeats et autres accidents numériques qui confèrent à l’ensemble un aspect brumeux mais au final profondément immersif. A Sneaking Suspicion instaure une ambiance jazzy de film noir avec son saxophone parcouru de grésillements numériques. Aim True et Taking Wing, ballades à la guitare acoustique, piano et flûte, se transforment progressivement en drill’n’bass punchy sans se faire brutales. Telling Meaning, étrange chanson au bleep obsessionnel et à la batterie soutenue fait monter l’émotion avant de laisser la place au sommet de l’album, Something Bells, hommage à la comédie musicale avec ses chœurs entêtants passés sous des filtres en tout genre. Overdressed présente un xylophone enfantin en parfait contraste avec un breakbeat massif avant d’évoluer discrètement en chanson yéyé ; Was Waiting est construit autour d’un jouet musical déréglé ; Hiraethus conclue le disque avec une pièce pour piano mélancolique proche d’Erik Satie. Au final, une excellente initiation à l’IDM (Intelligent Dance Music).



Suspended Animation

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FANTÔMAS
Suspended Animation
(Ipecac Recordings / 2005)

Après avoir pollué la sphère bien définie du genre metal à travers ses excursions dans la bande dessinée (Amenaza Al Mundo, 1998) et dans le cinéma horrifique (Director’s Cut, 2001 et Delirium Cordia, 2004), Fantômas vient ici s’aventurer dans le domaine du cartoon. En 30 pièces miniatures allant de 30 secondes à 3 minutes, le groupe livre une véritable décharge électrique à base de guitares hurlant tous ce qu’elles ont dans le ventre, de batterie frénétique et des fameux effets vocaux du chanteur Mike Patton, le tout entrecoupé de bruitages de dessins animés et de jeux vidéos vintage (plage 06). Alternant moments de violence implacable et d’accalmie à l’ambiance pesante, Suspended Animation fait partie de ces disques à écouter d’une traite, ne laissant aucun répit à l’auditeur qui, au fil des réécoutes, découvre sans cesse de nouveaux thèmes. Un énorme zapping musical regroupant metal, mais aussi électro-jazz à la Amon Tobin (plages 15 et 27), primitivisme des Residents des débuts (plage 16), musique foraine dégénérée (plage 19), electronica enfantine pervertie (plage 21) et cartoon music à la Carl Stalling impitoyablement passée à la moulinette (plage 25).
Le tout est livré dans un superbe packaging rempli de dessins de l’illustrateur japonais Yoshitomo Nara, utilisant l’imagerie du dessin d’enfants au service de scènes emplies d’une violence plus ou moins contenue. À l’image du disque donc.

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Pierre et le Loup

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SERGE PROKOFIEV – CAMILLE SAINT-SAËNS – FRANCIS POULENC
Pierre et Le Loup – Le Carnaval des Animaux – L’histoire de Babar
(EMI Classics / 2002)

Conte musical intemporel, Pierre et le Loup reste une référence en matière d’éveil musical chez l’enfant grâce à son sens de la mélodie et ses timbres d’un mimétisme absolu. Comment ne pas succomber au thème tout en innocence du petit Pierre ou ne pas frissonner au son des trois cors représentant le loup ? Tous ces thèmes se doivent d’être accompagnés d’une narration à la hauteur de leur lyrisme et cette compilation nous propose probablement l’une des meilleures versions du conte avec Claude Piéplu en récitant. L’homme qui de sa voix a présenté l’univers des Shadoks s’est écarté de l’emportement joyeux d’un Gérard Philippe, laissant une narration claire, habitée par des effets de voix qui confèrent à l’ensemble un cachet élégant et décalé.
Le disque se poursuit avec le non moins célèbre Carnaval des Animaux de Camille Saint-Saëns dans lequel le compositeur se livre à un joyeux irrespect des usages de la musique classique, poussant encore plus loin le mimétisme animal des instruments. Après l’arrogance de la Marche royale du lion viennent tour à tour les caquètements et prises de bec au piano entre Poules et Coqs, la douce plénitude de l’orchestre à cordes des Tortues, la contrebasse ronflante et satisfaite de L’éléphant et l’incontournable Aquarium. Saint-Saëns en profite même pour pasticher les méthodes d’apprentissage des virtuoses sur le bien nommé Pianistes. Dans un ultime pied-de-nez, la musique commence paradoxalement à s’emballer sur les Fossiles avant de passer aussitôt sur Le Cygne, d’une mélancolie exagérée et de s’achever en un Final guilleret. Un joyeux remue-ménage dont l’absence de narration permet à l’auditeur d’imaginer sa propre histoire.
En revanche, on peut rester un peu plus dubitatif quant à L’histoire de Babar en raison de la narration monotone et lourde assurée par Peter Ustinov.

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