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Archive pour octobre 2010

Spiked!

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SPIKE JONES
Spiked ! – The Music Of Spike Jones
(Catalyst / 1994)
 

Parmi les innombrables compilations consacrées à Spike Jones, celle-ci constitue une pièce de choix et s’attache à présenter l’artiste sous son angle le plus avant-gardiste. Pochette illustrée par Art Spiegelman, livret signé Thomas Pynchon, la présentation est pointue.
En ce qui concerne le contenu, Spiked !
offre un parfait équilibre entre morceaux connus et moins connus. Parmi les immortels Hotcha Cornia, Holiday For Strings et Laura, l’auditeur est convié à un défilé de calembours sur Knock Knock (Who’s There ?), à réconforter bébé sur une berceuse tonitruante (Baby Buggie Boogie) ou à aboyer en chœur sur une chanson d’amour pour chiots sur Our Hour. Mais le disque s’avère précieux dans sa deuxième partie pour la présence de trois titres inédits : Deep Purple, romance affectée par l’état de fatigue du chanteur piquant du nez ; Frantic Freeway, sorte de conga pour klaxons et surtout… une version confidentielle du Powerhouse de Raymond Scott. Pour achever le tout en beauté, Spiked ! nous gratifie de la reprise de Nutcraker Suite de Tchaïkovski dans sa version intégrale qui, malgré sa drôlerie, n’entame en rien la poésie de l’œuvre originale. Orchestrations colorées, instruments loufoques utilisés à bon escient, la magie opère et conclue le disque sur une touche d’émotion nous laissant amusés, les yeux brillants d’émerveillement enfantin. Preuve s’il en est que l’œuvre de Spike Jones ne se limite pas qu’à la clownerie… 

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Soothing Sounds For Baby

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RAYMOND SCOTT
Soothing Sounds For Baby – Volume 1 : 1 to 6 Months
Soothing Sounds For Baby – Volume 2 : 6 to 12 Months
Soothing Sounds For Baby – Volume 3 : 12 to 18 Months

(Basta / 1997)

En 1975, Brian Eno marqua les esprits avec son album Discreet Music, considéré comme le fer de lance de la musique ambient. L’Histoire en revanche oublia que douze ans auparavant, Raymond Scott en avait livré l’approche clés en main avec 3 vinyles conçus en collaboration avec le Gesell Institute of Child Development. Vendu à quelques milliers d’exemplaires seulement à son époque, ces Soothing Sounds sont rapidement devenus cultes au sein de la scène électro. Conçus comme des « jouets audio », les morceaux reposent sur des boucles répétitives et obsédantes, censées apaiser l’enfant et développer progressivement son univers sonore au fil de sa croissance. Entre la fixation et l’ignorance, les titres s’installent mine de rien, caressent et dorlotent avec leurs mélodies simples et leurs sonorités éthérées virevoltantes comme des papillons.
Le volume 1 s’ouvre sur Lullaby qui, du long de ses 14 minutes, chassent les nuages noirs en laissant ses notes de synthé s’évanouir dans un champ cristallin. Sleepy Time se fait plus ronronnant avant d’introduire les sonorités douces et saccadées de Music Box. L’exotisme s’invite sur Nursery Rhyme avec ses rythmiques proches d’Ecco the Dolphin et sa mélodie bonhomme. Tic Toc comme son nom l’indique tient plus du hochet musical que de la composition classique.
Sur le volume 2, les morceaux s’étendent et invitent à l’amusement avec Tempo Block, dans la lignée de Jean-Jacques Perrey avec son atmosphère guillerette. The Happy Whistler reprend le schéma des premiers titres sous des atours futuristes. Toy Typewriter bascule l’ensemble dans l’abstraction totale avec ses presque 18 minutes de cliquetis passé au filtre électro.
Le volume 3 quant à lui occupe une parade rêveuse avec Tin Soldier, un mille-feuille sonore à déguster  sur Little Miss Echo et un mini-feu d’artifices rythmiques de 15 minutes sur The Playful Drummer.
Le label néerlandais Basta propose une superbe restauration numérique de cette trilogie ; le son est clair et le cachet vintage est parfaitement respecté. Profondément avant-gardiste, annonçant la vague minimaliste des Terry Riley et autres Philip Glass, Soothing Sounds For Baby malgré sa cible d’origine demeure une expérience d’écoute unique qui devrait satisfaire les curieux de tous âges. D’ailleurs, comme l’annonce le livret : écoutez attentivement. Ou pas.

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Albert Marcœur

Albert Marcœur dans 02. Cartoons sonores

ALBERT MARCŒUR
(Label Frères / 2001)
 

Après des années d’activisme secret au sein de la scène française, Albert Marcœur réédite ses albums (disponibles sur son site web marcoeur.com) pour notre plus grand bonheur. Sur cet opus inaugural de 1974, celui que l’on surnomma exagérément « le Frank Zappa français » nous livre un pur manifeste surréaliste dans le milieu poli de la chanson française. La voix se fait blanche, maladroite, les formats s’établissent avant de partir en digressions sonores loufoques et les arrangements entre jazz et progressif sont joyeusement déglingués. Préfigurant l’univers d’un Katerine, Marcœur conçoit ses chansons sur les situations quotidiennes qu’il s’amuse à extrapoler avec un regard d’enfant sur le monde, que ce soit sur le sentiment de frustration (C’est Raté, C’est Raté) ou la manière de planter les clous (Tu Tapes Trop Fort). En constant décalage, les instruments tissent une jungle musicale où les pipos et les clarinettes forment d’épais taillis (Simone) d’où jaillissent les percussions et les sifflets comme autant d’animaux sauvages (Appalderie). Au cri déchirant au fin fond de la brousse succède une complainte solitaire aux atours rock (Que Le Temps Est Long). Puis tout s’évanouit, erratique, le chant n’est plus que récitation copiée à la craie sur l’ardoise d’école avant de repartir de plus belle dans une comptine tumultueuse (Mon Père Avait Un P’tit Champ D’pommes). Le moment judicieux de demander au final Qu’est-ce Que Tu As ?. Face à une telle claque, on peut que répondre à l’instar du personnage : euh… je sais pas.

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